Un geste pour le Japon et hommage à Kôichi Kurita

koichiFinalement, j’ai reçu des nouvelles de mes amis Kôichi et Kazuko. Un message court, évidemment. D’autres urgences bien plus criantes que de rédiger des mails. Mais juste assez pour que nous sachions qu’ils sont en vie.

Je vous aurais parlé de Kôichi Kurita un jour ou l’autre parce qu’il compte parmi les artistes pour lesquels j’ai le plus d’admiration.

Il se trouve que j’ai reçu ce matin le mail d’un blogueur m’informant d’un mouvement de solidarité à l’égard du Japon lancé par Jean-Philippe Touzeau, lui-même résident de Tokyo.

Je me suis dit que ce serait l’occasion de vous présenter le travail de Kôichi, soutenu par son épouse Kazuko.

La première fois que j’ai vu le travail de Kôichi, c’était lors d’une exposition d’art contemporain, dans une petite église romane de Melle dans les Deux-Sèvres.

Sur le sol, couvrant toute l’étendue de la nef, s’étendait un immense damier constitué par des dizaines d’échantillons de terres prélevées dans la région Poitou-Charentes.

Des terres vertes, jaunes, oranges, bleues… était-ce une illusion, l’illusion qui se crée lorsque l’on regarde une couleur à côté d’une autre ? Ou bien celle créée par la lumière ?

Quoi qu’il en soit, j’étais complètement fascinée par la beauté, par la simplicité de cette œuvre, d’autant que j’étais moi-même attentive aux couleurs de la terre dans mes travaux photographiques autour de la géologie.

Plus tard, à l’occasion d’une nouvelle création dans notre région, j’eus la chance de rencontrer Kôichi et Kazuko et de les emmener dans une carrière d’argile, un endroit magique où la terre prend les couleurs de l’arc-en-ciel.

Je me souviendrai toute ma vie de l’expression ébahie de Kôichi lorsqu’il vit ce lieu, son regard gourmand scrutant le paysage et repérant en quelques secondes les zones sur lesquelles il allait choisir ses couleurs…

L’œuvre de Kôichi Kurita s’intitule Soil Library. Comme son nom l’indique, c’est une « librairie de terres » que Kôichi enrichit sans cesse en parcourant le monde pour collecter des échantillons de terre partout où il le peut.

Les échantillons prélevés ne représentent jamais plus que ce que peut contenir la paume de la main et les lieux de collecte sont dûment répertoriés sur des cartes.

Ensuite, Kôichi crée des installations avec ces terres nettoyées de tout élément parasite, tamisées, broyées, selon des agencements d’une beauté infinie.

Les installations de Kôichi sur les lieux d’exposition sont ritualisées : pendant l’installation proprement dite, car c’est une opération physiquement éprouvante qui demande une parfaite concentration, au moment du démontage ensuite, lorsque le public est convié pour assister au mélange des terres et à leur dispersion.

À la suite du tremblement de terre et du tsunami du 11 mars, je m’étais précipitée sur le blog de Kôichi. Le 15 mars, il prélevait des terres dans les environs de Fukushima. Puis… plus rien pendant plusieurs jours.

Et enfin, jour après jour, de nouvelles images sont revenues sur son blog, témoignant de manière subliminale de son ressenti.

Comme moi, Kôichi n’aime pas photographier les gens. Nos photos sont volontairement dépeuplées parce que nous pensons que les lieux et les objets seuls témoignent parfois avec beaucoup plus de force de l’état du monde à un moment donné.

Visitez le blog de Kôichi, retenez son nom pour vous précipiter à une de ses expositions si vous avez la chance de voir un jour son travail dans votre région.

Visitez aussi le blog Aidons le Japon, il y a des cadeaux à la clé si vous apportez votre contribution. Et diffusez l’information. Comme le dit si bien Jean-Philippe Touzeau, tous les petits « kizuna » que chacun de nous crée, comptent.

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