La mariée était en rouge

rouge

M’inspirant du titre du film de François Truffaut, La Mariée était en noir, je vous propose aujourd’hui cette courte notice concernant l’usage du blanc dans les cérémonies de mariage.

Comme pour beaucoup d’autres usages, nous avons l’impression que « ça a toujours été comme ça », pourtant, si nous nous posons la question, nous découvrons souvent qu’ils sont assez récents, c’est le cas de l’usage du blanc pour les robes de mariées.

Dans l’imaginaire collectif, une mariée ne peut être qu’en blanc, n’est-ce pas ? Le blanc faisant en l’occurrence référence à l’idée de pureté, de virginité, notions le plus souvent totalement « conceptuelles », il va sans dire, mais enfin, c’est comme ça depuis toujours… c’est en tout cas ce que nous croyons, or il n’en est rien.

Bien que le blanc soit compris depuis l’Antiquité comme le symbole de la pureté, en vérité, ce n’est qu’entre la fin du 18e siècle et le 19e siècle que les mariées ont commencé à porter une robe blanche au moment de donner leur consentement. Cela coïncide avec l’établissement des valeurs bourgeoises héritées des systèmes de valeurs catholiques et protestants. Ces valeurs bourgeoises ont par la suite imprégné toutes les couches de la société.

Avant cette période, ce code vestimentaire n’avait pas cours. Pour son mariage, il allait de soi que la jeune mariée devait porter sa plus belle robe (la question de sa virginité ne se posait même pas !). Et le plus souvent, le vêtement le plus beau que l’on pouvait avoir dans le monde rural était rouge.

Pourquoi rouge ? Ne cherchez ici aucune raison subtilement symbolique, les choses sont beaucoup plus terre-à-terre. En réalité, c’est en rapport avec la qualité des teintures et leur tenue dans le temps.

En effet, jusqu’au 19e siècle, il était très difficile d’obtenir, à partir des colorants végétaux couramment utilisés (pastel, noyer, genêt, ortie, bouleau, aulne) ce qu’on appelle des couleurs « grand teint », c’est-à-dire des couleurs qui ne se délavent pas à l’usage, au lavage ou sous l’effet de la lumière. On n’arrivait tout simplement pas à faire pénétrer les couleurs assez profondément dans les fibres des tissus et à les « fixer ».

La seule plante qui permettait d’obtenir des tons francs, vifs et solides dans le temps, c’était la garance, une plante connue et utilisée depuis l’Antiquité pour ses beaux rouges.

Si bien que, dans les sociétés anciennes, outre le fait que la couleur rouge était associée à l’idée de fête, de plaisir et de joie, les vêtements d’apparat (des femmes notamment), étaient la plupart du temps rouges. Et donc, les mariées des temps passés étaient le plus souvent habillées de rouge et pas de blanc.

Source : Dictionnaire des couleurs de notre temps, Michel Pastoureau. Éditions Bonneton, 1999.

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